Si vous êtes à Rome, au cœur de la ville éternelle , vous avez certainement entendu parler du Palais Barberini, l’un des plus beaux exemples du baroque romain. Abritant aujourd’hui les galeries nationales d’art ancien, ainsi que le Palazzo Corsini, ce bâtiment extraordinaire raconte une histoire d’art, de pouvoir et de transformation sociale.
Commandé par le pape Urbain VIII (famille Barberini), le Palais Barberini a été construit par les plus grands artistes de l’époque : Carlo Maderno, Gian Lorenzo Bernini et Francesco Borromini. Construit à l’origine comme une somptueuse résidence aristocratique, le palais est devenu au fil des siècles un symbole du prestige de la famille Barberini et abrite aujourd’hui une importante collection de chefs-d’œuvre.
Mais pour bien comprendre l’histoire des Galeries nationales d’art ancien, il est impossible de ne pas évoquer le Palazzo Corsini. Datant du XVIe siècle, ce palais devient la résidence romaine de la reine Christine de Suède au XVIIe siècle et devient un important centre culturel. Au XVIIIe siècle, il a été acquis par la puissante famille Corsini, liée au pape Clément XII.
Ces deux palais, autrefois expression du pouvoir aristocratique et papal, sont aujourd’hui les gardiens d’un patrimoine artistique inestimable. Découvrez l’histoire du Palais Barberini, ses transformations au fil des siècles et son lien avec le Palais Corsini, deux lieux qui racontent encore aujourd’hui la fascination de la Rome baroque

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L’histoire du Palais Barberini

Origines et contexte historique (1623-1625)
L’histoire du Palais Barberini commence en 1623, lorsque le cardinal florentin Maffeo Barberini est élu pape sous le nom d’Urbain VIII.
Urbain VIII n’est pas seulement un pontife, c’est aussi un homme ambitieux, un mécène et un politicien avisé. Il veut marquer Rome de son empreinte et consolider le pouvoir de sa famille. Pour ce faire, il achète en 1625 une villa sur la colline du Quirinal, qui appartenait à la puissante famille Sforza.
Mais le pape ne se contente pas d’une simple villa : il veut une demeure monumentale, symbole de la grandeur des Barberini. Pour la réaliser, il choisit l’un des architectes les plus talentueux de l’époque : Carlo Maderno, connu pour son travail sur la basilique Saint-Pierre.
Le projet de Maderno est innovant : au lieu de démolir l’ancienne villa, il l’intègre à la nouvelle construction, la transformant en un imposant palais. L’objectif est clair : créer une résidence qui ne soit pas seulement une résidence noble, mais un authentique manifeste du pouvoir des Barberini.
Du projet au chef-d’œuvre du baroque romain (1625-1639)
Entre 1625 et 1639, la construction du Palais Barberini a impliqué trois noms destinés à marquer à jamais l’histoire de l’architecture : Carlo Maderno, Gian Lorenzo Bernini et Francesco Borromini.
Carlo Maderno, premier responsable du chantier, conçoit un projet initial très classique, mais avec une intuition unique : une structure en forme de H, absolument novatrice pour l’époque. L’idée de Maderno était d’intégrer l’ancienne villa Sforza à deux nouvelles ailes parallèles reliées par un corps central. Il réussit ainsi à encadrer un grand jardin à l’italienne, agrémenté de plantes rares et de cours cachées.
Après la mort de Maderno en 1629, le chantier passe aux mains du jeune et brillant Gian Lorenzo Bernini, protégé et protecteur d’Urbain VIII. Le Bernin donne au projet une empreinte encore plus audacieuse : il dessine le grand hall central, prévoit le spectaculaire escalier carré et agrémente la façade principale d’une élégante loggia vitrée.
Parallèlement, le Bernin s’adjoint la collaboration d’un autre talent extraordinaire : Francesco Borromini, avec lequel il entretiendra une relation marquée par la concurrence et la rivalité. C’est précisément Borromini qui a créé l’un des éléments les plus spectaculaires et les plus célèbres du Palais Barberini: l’escalier en colimaçon à plan ovale, véritable joyau architectural, caractérisé par des colonnes jumelées et des formes sinueuses.
L’intérieur du palais est embelli par la majestueuse fresque du « Triomphe de la Divine Providence » de Pietro da Cortona (peinte entre 1632 et 1639), une œuvre grandiose célébrant la gloire de la famille Barberini avec plus de cent personnages représentés dans une extraordinaire perspective « du bas vers le haut ».
Avec la décoration finale achevée en 1639, le Palais Barberini n’est plus seulement une résidence, mais devient le symbole même du baroque romain: un chef-d’œuvre où l’architecture, la sculpture et la peinture se fondent en une œuvre d’art totale.
Centre de culture et de divertissement au XVIIe siècle
Au cours du XVIIe siècle, le Palais Barberini n’était pas seulement une résidence noble, mais il est devenu un authentique centre culturel et artistique à Rome. La famille Barberini, avec le soutien du pape Urbain VIII, a transformé le palais en un lieu où la noblesse romaine se réunissait pour assister à des événements exclusifs : représentations théâtrales, opéras musicaux et réunions intellectuelles.
En 1632, le célèbre Palais Barberini a été inauguré à l’intérieur du palais, un espace dédié aux représentations les plus spectaculaires de la ville. Ce théâtre est devenu célèbre pour sa magnificence, notamment grâce aux décors grandioses créés par le Bernin lui-même. Des œuvres importantes comme « Saint Alexis » de Stefano Landi et « Erminia sur le Giordano » de Michelangelo Rossi y ont été représentées, ainsi que de nombreuses pièces écrites par le poète et futur pape Giulio Rospigliosi.
Le théâtre était réputé pour la complexité technique et scénique de ses représentations : machinerie scénique spectaculaire, effets spéciaux et musique innovante émerveillaient régulièrement le public, faisant du Palais Barberini l’un des principaux repères culturels de l’époque.
Mais il n’y avait pas que du théâtre : la résidence Barberini était fréquentée par des artistes, des musiciens, des poètes et des intellectuels de toute l’Europe. Grâce au mécénat d’Urbain VIII, des personnalités telles que Bernini, Borromini et Pietro da Cortona ont trouvé dans le palais un environnement stimulant pour créer des œuvres extraordinaires et novatrices, contribuant ainsi au prestige culturel de la famille papale.
LePalais Barberini est ainsi devenu non seulement un symbole de pouvoir, mais aussi le cœur battant de la vie culturelle romaine au XVIIe siècle, contribuant à faire de la Ville éternelle le centre artistique de l’Europe.
Décadence de la famille Barberini et transformations du palais (1700-1800)
À partir du XVIIIe siècle, le prestige et le pouvoir politique de la famille Barberini s’affaiblissent lentement. Après la mort d’Urbain VIII, en effet, les Barberini sont confrontés à des difficultés économiques et politiques qui les éloignent progressivement du centre de la vie romaine.
Le palais lui-même subit quelques transformations, reflétant l’évolution des goûts et de la culture artistique de l’époque. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, la dernière héritière directe, Cornelia Costanza Barberini, fit construire au dernier étage du palais un appartement raffiné de style rococo, symbole d’une époque qui s’éloignait de la grandeur du baroque.
Avec le déclin économique de la famille, les célèbres collections d’art rassemblées par les Barberini sous le pontificat d’Urbain VIII ont également commencé à se dissiper. Des œuvres extraordinaires d’artistes tels que Le Caravage, Guido Reni, Poussin et bien d’autres ont quitté Rome pour enrichir des collections privées dans toute l’Europe et outre-mer.
Malgré ce lent déclin, la famille Barberini continua à vivre dans le palais jusqu’en 1955, mais sans l’influence politique et culturelle qui avait caractérisé son apogée. L’hôtel particulier, autrefois symbole de prestige, se transforme peu à peu en un espace plus réservé, à l’écart de la vie sociale et culturelle de la ville.
Ce n’est qu’au milieu du XXe siècle que le palais renaît, non plus comme résidence privée, mais comme musée prestigieux ouvert à tous.
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L’histoire du Palais Corsini
De la fondation au palais de la reine Christine (1511-1689)
L’histoire du Palazzo Corsini est bien antérieure à son nom actuel puisqu’elle remonte à 1511. C’est cette année-là que le cardinal Raffaele Riario décida de construire une imposante résidence le long de la Via della Lungara, au cœur du Trastevere, l’un des quartiers les plus pittoresques de Rome.
Le tournant historique se produit en 1655, lorsque la célèbre reine Christine de Suède, après s’être convertie au catholicisme, s’installe définitivement à Rome. C’est ici, dans le bâtiment qui deviendra plus tard le Palazzo Corsini, que Christina décide de créer un centre culturel et artistique vivant, fréquenté par des intellectuels et des artistes de toute l’Europe.
Entre 1659 et 1689, la reine a apporté d’importantes modifications architecturales au palais, l’adaptant à son mode de vie et à ses passions artistiques. Elle fait aménager des espaces dédiés à sa collection personnelle de statues et de peintures, transformant le rez-de-chaussée en une somptueuse galerie. Il est encore possible de visiter la célèbre Alcôve de la Reine, l’une des pièces les plus atmosphériques du palais, avec des décorations originales du XVIe siècle.
Au cours de ces années, la cour de Christina de Suède est devenue célèbre en tant que lieu ouvert à la culture et aux échanges intellectuels. Artistes, poètes, philosophes et scientifiques se rencontraient régulièrement dans ses salons, faisant du palais un authentique point de référence pour la Rome du XVIIe siècle.
Après la mort de la reine, le bâtiment connut une phase de transition, mais ce n’est qu’au XVIIIe siècle qu’il retrouva toute sa splendeur, avec l’arrivée de la puissante famille florentine Corsini.
L’époque des Corsini et le renouveau du XVIIIe siècle (c. 1736-1780)
L’histoire du palais Corsini prend vie en 1736, lorsque la propriété est acquise par la riche famille florentine Corsini, après l’élection à la papauté du cardinal Lorenzo Corsini, qui prend le nom de Clément XII.
La famille Corsini ne voulait pas simplement une résidence romaine, mais une résidence qui refléterait le prestige et le pouvoir découlant de leur ascension au trône papal. Pour réaliser cet ambitieux projet, ils firent venir à Rome l’un des plus grands architectes de l’époque : Ferdinando Fuga.
Fuga transforme radicalement le palais, en conservant une partie des structures d’origine, mais en l’agrandissant d’une nouvelle aile spéculaire et en créant un corps central majestueux. Le résultat est une magnifique résidence, avec une façade élégante et linéaire donnant sur la Via della Lungara, et un arrière donnant sur un grand jardin qui s’étend jusqu’aux pentes de la colline du Janicule.
Au cours de ces années, le palais est devenu l’un des principaux symboles de la vie culturelle romaine du XVIIIe siècle. À l’intérieur, la famille Corsini a amassé une extraordinaire collection d’art qui comprend des chefs-d’œuvre de grands artistes italiens et étrangers tels que Caravaggio, Guido Reni, Rubens, van Wittel et bien d’autres. Cette collection est considérée comme l’une des plus belles et des plus importantes de Rome.
L’art n’est pas le seul point fort du palais : grâce aux Corsini, il est devenu un lieu de rencontre pour la noblesse, les diplomates et les intellectuels, consolidant ainsi le rôle de la famille dans l’élite romaine.
Aujourd’hui, la galerie Corsini conserve une grande partie de la collection originale du XVIIIe siècle, ce qui vous permet de vivre l’expérience unique d’une authentique galerie d’art romaine du XVIIIe siècle.
Vers une Italie unie : de la puissance noble à l’État (XIXe siècle)
LeXIXe siècle a apporté de grandes transformations tant au Palais Barberini qu’au Palais Corsini. C’est le siècle où Rome s’approche de l’unification de l’Italie et devient la capitale du nouvel État italien, avec des changements sociaux et politiques qui impliquent également les familles nobles qui avaient dominé la scène romaine au cours des siècles précédents.
Dans le cas de la famille Corsini, en 1883, le prince Tommaso Corsini décide de vendre le palais Corsini et de faire don à l’État italien de toute la collection d’art familiale, riche en œuvres extraordinaires. C’est ainsi qu’est née la première galerie nationale italienne, qui a officiellement ouvert ses portes au public en 1895, marquant un moment crucial pour la culture italienne.
Le destin du Palais Barberini est en revanche plus complexe. Tout au long du XIXe siècle, la prestigieuse collection Barberini subit de lourdes pertes : de nombreuses œuvres sont vendues ou dispersées, et se retrouvent dans les collections privées de la moitié de l’Europe et des États-Unis. Malgré cet appauvrissement artistique, le palais a conservé sa valeur historique et architecturale, restant la propriété de la famille.
Avec l’accession de Rome au rang de capitale de l’Italie (1871), les alentours du Palais Barberini ont également fait l’objet de nouvelles spéculations immobilières et d’une profonde transformation urbaine, qui ont radicalement changé leur contexte d’origine. Une partie des splendides jardins baroques fut sacrifiée pour faire place aux nouveaux bâtiments ministériels le long de l’actuelle Via XX Settembre.
Ces changements marquent le passage définitif des deux palais du statut de symbole du pouvoir aristocratique romain à celui de patrimoine de l’État italien, destiné à devenir partie intégrante de la mémoire culturelle nationale.

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Le Palais Barberini et Corsini au XXe siècle (1900-1955)
Le XXe siècle a apporté de nouveaux défis au Palais Barberini et au Palais Corsini. C’est un siècle marqué par de grands changements politiques et sociaux, au cours duquel les deux bâtiments ont trouvé une nouvelle identité en tant que lieux culturels ouverts au public.
En 1949, après de longues négociations, l’État italien a officiellement acquis le Palais Barberini auprès des descendants de la famille. L’intention était claire : en faire un lieu muséal prestigieux, capable d’accueillir et d’enrichir les collections croissantes de la Galleria Nazionale d’Arte Antica, déjà présente au Palazzo Corsini. Cependant, pendant de nombreuses années, le projet s’est heurté à des difficultés logistiques et bureaucratiques, principalement en raison de la présence du club des officiers des forces armées, qui a occupé une partie du palais jusque dans les années 1990.
Entre-temps, le Palais Barberini a également été le théâtre d’un événement politique important : en 1947, la célèbre scission du Parti socialiste, dirigée par Giuseppe Saragat, a eu lieu dans ses salles, conduisant à la naissance du Parti socialiste démocratique italien. Une plaque commémorative sur la façade du palais rappelle encore ce moment historique important.
En ce qui concerne le Palazzo Corsini, la situation est différente. Déjà ouvert au public depuis 1895, le palais a continué à abriter la première galerie nationale d’art antique, mais au cours du XXe siècle, il est devenu évident que les espaces d’exposition n’étaient pas suffisants pour accueillir la collection grandissante. C’est ainsi qu’a été prise la décision stratégique d’utiliser également le Palais Barberini comme lieu d’exposition complémentaire, créant ainsi un projet unifié entre les deux musées.
Enfin, en 1953, le Palais Barberini a également ouvert ses portes au public en tant que musée, entamant ainsi une nouvelle phase de son histoire, entièrement consacrée à la mise en valeur du patrimoine artistique italien.
Les galeries nationales d’art ancien (1955-aujourd’hui)
De 1955 à nos jours, le Palais Barberini et le Palais Corsini ont trouvé une vocation nouvelle et définitive, devenant le cœur des Galeries nationales d’art antique de Rome.
Ces deux bâtiments, autrefois résidences privées de la noblesse romaine, abritent aujourd’hui l’une des plus prestigieuses collections muséales d’Italie. Le Palais Barberini, après la phase complexe de récupération des espaces occupés par le Circolo Ufficiali, a connu une longue période de restauration et de rénovation. Ce n’est qu’en 2006 que l’ensemble du palais a finalement été rendu au public dans sa totalité, permettant ainsi d’exposer de nombreuses œuvres qui étaient restées longtemps en réserve.
La collection du Palais Barberini est désormais organisée de manière chronologique, offrant un parcours complet de chefs-d’œuvre de la peinture italienne et européenne du XIIIe au XVIIIe siècle. On peut y admirer des œuvres extraordinaires d’artistes tels que Raphaël, Caravage, Bernin, Guido Reni, Guercino et bien d’autres grands maîtres.
LePalazzo Corsini, quant à lui, conserve intacte la pinacothèque originale du XVIIIe siècle, offrant aux visiteurs l’expérience unique de voir une collection historique qui est restée pratiquement inchangée depuis l’époque de la famille Corsini. Des œuvres du Caravage, de Rubens et de van Wittel vous plongent dans l’atmosphère élégante et raffinée de la Rome du XVIIIe siècle.
Depuis 2015, grâce à la réforme du ministre Dario Franceschini, les Gallerie Nazionali d’Arte Antica ont entrepris un important travail de modernisation et de mise en valeur, avec de nouveaux aménagements, des événements et des expositions temporaires. Ce processus a transformé les deux palais en musées dynamiques et innovants, prêts à offrir aux visiteurs une expérience de plus en plus engageante.
Aujourd’hui, le Palais Barberini et la Galleria Corsini représentent un point de référence essentiel pour ceux qui souhaitent découvrir et explorer l’histoire de l’art et de la culture italienne, avec un regard toujours tourné vers l’avenir.
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Conclusion de l’article
Aujourd’hui, le Palais Barberini représente bien plus qu’un simple musée : c’est un lieu vivant, riche en histoire, capable de raconter des siècles de transformations sociales, politiques et culturelles de la ville de Rome et de l’Italie dans son ensemble.
En le visitant, vous pourrez entrer en contact direct avec les vicissitudes de la famille Barberini, découvrir son extraordinaire collection artistique et admirer des chefs-d’œuvre absolus de grands maîtres tels que le Caravage, le Bernin, Raphaël et bien d’autres.
Mais surtout, en parcourant ses salles, vous vous plongerez dans l’histoire fascinante d’une Rome qui fut la capitale du baroque, le berceau d’artistes et de mécènes, et le cœur battant d’une culture européenne en constante évolution.
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